
Le monde ARM est en ébullition ces jours ci avec la sortie de la nouvelle puce du leader des chipsets de tablettes : le NVIDIA Tegra 3 Kal-El. Même si la concurrence se fait rude, ce nouveau venu a toutes les chances de rafler bon nombre de parts de marché dans les catégories de la tablette et du smartphone, et ce pour plusieurs raisons.

En effet, le Tegra 3 sera le premier chipset ARM Cortex-A9 Quad-Core à trouver sa place dans un appareil ARM grand public. Et c’est à mon avis ce qui a beaucoup joué dans le succès de la firme jusqu’à maintenant. En 2010, NVIDIA était déjà le premier à proposer un Dual Core Cortex A9 et cette petite avance a permis au géant de consolider l’écosystème qui entourait ce chipset. Lorsque les autres concurrents sont arrivés avec leurs produits bi-coeurs (OMAP4, Exynos, U9500 …), des DevBoards et des appareils Tegra 2 circulaient déjà et les développeurs NVIDIA avaient eu tout le temps de peaufiner leurs pilotes pour le système le plus utilisé par ce chipset : Android. Cela permettait à NVIDIA de proposer un ecosystème beaucoup plus abouti que ses concurrents et donc, forcément de mieux convaincre les nouveaux assembleurs qui cherchaient une solution double coeur pour leurs appareils. Cette avance a donc permi à la firme de s’imposer dans le marché du Dual Core. Bien sûr, les autres firmes ont gagné du terrain par la suite (selon certains grâce à des chipsets plus aboutis). Mais il n’empêche qu’en ce moment, NVIDIA est le premier à proposer du Quad Core et les grands constructeurs comme ASUS se jettent déjà sur la poule aux oeufs d’or.

Vous l’avez peut-être remarqué, le monde ARM ressemble quelque peu au monde x86 d’il y a 10 ans. C’est la course à la puissance (tout en considérant la consommation et l’efficacité puissance/énergie). Mais l’architecture ARM est beaucoup plus subtile que l’architecture x86. Un chipset n’est pas juste un CPU. Il s’agit de plusieurs composants assemblés entre eux réunis au sein d’un même chipset. Ainsi, il est difficile de comparer deux chipsets de même cadence. Il existe en plus des subtilités qui influent beaucoup sur les performances d’un chipset comme les instructions NEON, l’utilisation d’architectures dérivées de ARM (comme proposé par Qualcomm ou Marvelll), j’en passe et des meilleurs. Ainsi, la comparaison entre différents chipsets de différentes marques s’avère particulièrement ardue. Par exemple, à cause de tout ses paramètres et subtilités, il se peut qu’un chipset OMAP4 Dual Core 1Ghz soit plus efficace qu’un Exynos Dual Core 1.2Ghz. Mais lorsque le consommateur moyen se trouvera en face de deux tablettes, je doute qu’il cherche à savoir si le jeu d’instructions NEON est proposé ou si le 1Ghz affiché s’avère être de type Cortex A9 ou Sheeva. Il verra simplement un 1Ghz à coté de 1.2Ghz et vous pourrez parier qu’il choisira le 1.2Ghz (sauf si le vendeur à trop de 1Ghz en stock et se lance dans un débat dissuasif afin de pousser le consommateur à choisir le 1Ghz et ainsi alléger son stock de non vendu, mais c’est autre histoire). De la même façon, un Quad Core mis à coté, d’un Dual Core, c’est le Quad Core qui gagnera aux yeux de Mme Michu. NVIDIA le sait, les assembleurs le savent et les responsables marketing aussi. NVIDIA aura donc à lui tout seul le marché du “plus puissant” et pourra se tailler une place de choix dans les prochains produits ARM et tablettes haut de gamme, prenant de l’avance et de l’expérience sur ses concurrents.

Mais, la grande force marketing d’NVIDIA se situe aussi dans la marque elle même. NVIDIA est connue pour la qualité de ses cartes graphiques. Ainsi un logo NVIDA Tegra 3 Quad Core rassurera beaucoup plus le consommateur (parcequ’il “connait”) plutôt qu’un Freescale IMX6, ou un Texas Instrument OMAP (qu’il associera sûrement et à tord, aux calculatrices d’école qui sont appareils de puissance moindre). L’assembleur aura donc tout intérêt à choisir NVIDIA plutôt qu’un autre car le but de tout ceci est avant tout (et malheureusement) de vendre. Et aucun coup de pouce marketing ne se refuse, surtout si celui ci a beaucoup d’influence sur les moins initiés.
Comme je disais plus haut, NVIDIA était d’abord un constructeur de carte graphique. Et son arrivée “prématurée” a permis au constructeur d’enrichir son écosystème par un ensemble de jeux vidéos réunies dans ce qu’il appelle la Tegra Zone. Ce sont en effet des jeux, proposés pour Android, et qui tirent parti au mieux des possibilités des GPU Tegra. Avec l’arrivée du Tegra 3 et de ses performances graphiques en hausse, NVIDIA risque de continuer à consolider sa Zone en proposant des jeux aux qualités graphiques similaires (d’après le constructeur) aux jeux retrouvés dans sur nos consoles HD et ordinateurs de bureau. Et l’existence de cette zone risque de fortement peser dans la balance lorsqu’il s’agira pour l’assembleur de choisir un chipset pour sa prochaine tablette. NVDIDIA rajoute ainsi une corde à son arc en proposant plus de puissance graphique et les jeux qui vont avec. Je ne statue pas qu’NVIDIA propose en ce moment les meilleurs GPU embarqués (ce serait une chose beaucoup trop difficile à évaluer pour quelqu’un comme moi), mais le savoir faire du fondeur et sa réputation risque de faire passer son chipset pour une référence en matière de performance graphique. Et c’est une carte qu’NVIDIA ne se prive pas jouer pour s’imposer dans le marché.

L’architecture ARM s’est toujours voulu économe en énergie et la course à la puissance qui se joue en ce moment est particulièrement intéressante car les différents concurrents mettent un point d’honneur à garder l’aspect économe de leurs nouvelles créations. Dans un monde où la préservation de l’environnement et où la réduction d’émission de CO2 deviennent des problématiques importantes, l’accès à des composants puissants qui n’exigent pas des centaines de Watts pour fonctionner serait une très bonne chose aussi bien pour la durée de vie d’appareils électroniques mobiles que pour notre facture d’électricité (si ce genre de chipset venaient à atteindre le monde de la bureautique).
Ainsi, les fondeurs utilisent tout les moyens pour réduire l’énergie. La politique d’NVIDIA sur le Tegra 3 d’abord une réduction de la finesse de gravure, par une utilisation intelligente des 4 coeurs (faible cadence mais bonne répartition des instructions sur les 4 coeurs) ainsi que l’utilisation d’un cinquième coeur beaucoup moins puissant et moins gourmant que ses congénaires. Ainsi, ce chipset, malgré la présence de 4 coeurs (qui pourraient le faire passer pour un grand glouton des Watts) arrive à imposer une image de petit ami de la nature et de la batterie, ce qui ne manquera de jouer en sa faveur lorsqu’il s’agira pour l’assembleur de choisir un chipset pour son smartphone ou sa tablette. A noter tout de même que dans la plupart des cas, la moitié, voir les 3/4 quarts, de l’énergie consommée par un appareil ARM (smartphone ou tablette) part dans l’écran et dans les technologies sans fils. La consommation du chipset n’est pas donc pas non plus une si grand enjeux à mon goût, dans la mesure ou les chipsets ARM d’aujourd’hui sont relativement peu gourmands par rapport au reste des composants qui équipent un appareil mobile.
… NVIDIA possède tous les atouts pour une réussir une percée du marché. Il arrive en premier et arbore des arguments marketing particulièrement efficaces : un impression de déjà vu et un savoir-faire graphique réunis dans un simple logo, quatre coeurs particulièrement sexy face aux dual-cores concurrents, un cinquième coeur compagnon de la nature ainsi qu’un écosystème de jeux vidéos déjà en place. Bref, ce chipset risque de trouver sa place dans bon nombres de smartphones et tablettes (à condition qu’NVIDIA gère correctement sa relation avec les assembleurs et ses conditions de vente et de prix.)
11 November 2011 à 18:11
Tactilofan
Analyse très intéressante sur la sortie du tegra 3.
Pour plus de précision sur la consommation d’équipement equipé de processeur ARM:
Par exemple sur l’AC100, la consommation mesurée avec un wattmètre est de:
- 2,4 watt écran et wifi eteint
- 2,7 watt écran éteint et wifi activé
- 4,3 watt wifi et luminosité de l’écran au maximum.
Soit, lorsque le processeur du smartbook est peu sollicité, 2,4 watt d’un coté pour le processeur et 1,9 watt de l’autre pour le wifi + luminosité au max.
Par djraffon, le 2011-11-13 le 4.24 pmdjraffon: L’AC100 est TRÈS mal conçu, ce qui fait qu’il consomme facilement 5 fois ce qu’il est censé consommer en idle
En ce qui concerne le Tegra3, je pense que ça sera comme le Tegra2: Il est s’agit juste d’une demi-génération d’avance sur les autres constructeurs: L’omap4 est dispo depuis aout, le Tegra 2 depuis janvier (mis à part l’ac100 qui est euh … je comprends toujours pas.). L’omap4 est nettement supérieur au Tegra2, et on le retrouve dans la plupart des nouveaux périph hauts de gammes. On attend le Tegra3 pour ~ janvier, je n’ai vu aucune annonce sur l’omap5, mais je vous laisse deviner quand est-ce que je l’attends
Maintenant, je sais pas trop qui y gagne au final. Enfin à part le consomateur s’entend :p
Et il faut rajouter dans tout ça, les Mali d’ARM qui ont l’air très prometteurs (même Intel est intéressé !?!)
Par Phh, le 2011-11-15 le 9.59 amJe ne suis pas persuadé que le marché va suivre de la sorte le nouveau venu.
Ici un article de SemiAccurate qui démolie proprement le Tegra3 ; bon ils ont peut-être une dent contre nVIDIA:
http://semiaccurate.com/2011/11/09/tegra-3-missed-performance-goals-by-wide-margins/
Mais cela soulève quelques points intéressants, comme le coût de la puce lié à sa complexité, son retard, la faible évolution de sa bande passante mémoire, sa baisse de fréquence…
Et il ne faut pas croire que les autres acteurs vont rester les bras croisés ou le grand public incapable de reconnaitre les qualités d’un Snapdragon S4 MSM8960 qui intègre toute la partie réseau et va donc se retrouver facilement dans les smartphones (le Tegra2 on l’a vu chez qui ?).
Le coup de multiplier des cores d’une efficacité moindre AMD l’a déjà fait… résultat tout le monde sait qu’un octocore Bulldozer a du mal à rivaliser avec un quadcore i7 d’Intel.
Et si Apple ne rate pas l’iPad 3 se sera toujours 60% du marché des tablettes qu’ils n’auront pas.
Par Mathias Richter, le 2011-11-16 le 4.32 amIl ne faut pas oublié que Nvidia à corrigé les tirs sur le tegra 3 en ajoutant l’accélération neon inexistante sur le tegra 2 qui poutant arrive a talonné le processeur de samsung a fréquence équivalente.Et pour ce qui est des jeux c’est la meilleure expérience mobile sur android.Il est certain que ce processeur est puissant et Nvidia aura toujours 6 mois d’avance sur ses concurrents.
Par Xavwanted, le 2011-12-19 le 12.48 pm